SOCIÉTÉ - C’est une forme de paresse mentale que l’on risque de payer cher. Tic de langage largement répandu, à gauche et à droite, et qui consiste à voir “du communautarisme” partout. De la sottise aussi: une question serait résolue lorsqu’on la supprime, artificiellement, en la déniant. Attitude infantile enfin, celle de l’incantation: on répète des mots et on pense ainsi régler un problème.
Qu’en est-il de fait? Ce fut la grandeur de l’organisation sociale dans les sociétés modernes que de réduire toute chose à l’unité. Évacuer les différences. Homogénéiser les manières d’être. Bel idéal que celui de la République, Une et Indivisible.
Mais, et ce n’est pas la première fois dans l’histoire, on observe une saturation de cet idéal unitaire.
Empiriquement, l’hétérogénéité reprend force et vigueur. Réaffirmation de la différence, localismes divers, spécificités langagières et idéologiques, rassemblement autour d’une commune origine, réelle ou mythifiée. Tout est bon pour accentuer des formes de vie dont le fondement est moins la raison universelle que le sentiment partagé.
Les corps s’exacerbent, se tatouent, se percent. Les chevelures se hérissent ou se couvrent de foulards et d’autres accessoires. En bref, dans la grisaille quotidienne, l’existence s’empourpre de couleurs nouvelles, traduisant ainsi la féconde multiplicité des enfants des hommes. On le sait d’antique mémoire, il y a de ”nombreuses demeures dans la maison du Père”!
C’est cela même qu’il y a quelques années, j’ai appelé le retour des “tribus”. Que celles-ci soient sexuelles, musicales, religieuses, sportives, culturelles, elles occupent l’espace public.
Voilà le constat. Il est puéril de le dénier. Il est malsain de le stigmatiser. L’on serait mieux inspiré, fidèle en cela à une immémoriale sagesse populaire, d’accompagner une telle mutation, pour éviter qu’elle devienne perverse puis totalement immaîtrisable.
Après tout, pourquoi ne pas envisager que la “chose publique” (res publica) s’organise à partir de l’ajustement, a posteriori, de ces tribus reposant sur des affinités électives? Pourquoi ne pas admettre que le consensus social, au plus près de son étymologie (“cum-sensualis”), puisse reposer sur le partage de sentiments divers?
Puisqu’elles sont là, pourquoi ne pas accepter les différences communautaires, aider à leur ajustement et apprendre à composer avec elles? Après tout, une telle composition peut participer d’une mélodie sociale au rythme peut-être un peu plus heurté, mais non moins dynamique.
En bref, il est dangereux, au nom d’une conception quelque peu vieillissante de l’unité nationale, de ne pas reconnaître la force du pluralisme. Le centre de l’union peut se vivre dans la conjonction, a posteriori, de valeurs opposées.
A l’harmonie abstraite d’un unanimisme de façade est en train de succéder, au travers de multiples essais et erreurs, un équilibre conflictuel, cause et effet de la vitalité des tribus postmodernes. Cessons d’être des grognons obnubilés par le “bon vieux temps” de l’unité. Il faut avoir l’audace intellectuelle de savoir penser la verdeur d’un idéal communautaire en gestation.
Michel Maffesoli
Publié 01/04/2013 sur le site Internet Le Huffington Post : http://www.huffingtonpost.fr/
Lien de l’article : http://www.huffingtonpost.fr/michel-maffesoli/communautarisme-societe_b_2972366.html
Neuf questions au pape de la modernité, Michel Maffesoli
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«La Tunisie, expression basique de la Postmodernité, ou la revanche des valeurs du Sud»
«En Tunisie, on a une expression de ce qu’est la postmodernité dans ce qu’elle a de basique»
Il faut être clair : je ne suis pas connaisseur de la Tunisie. J’ai toujours un peu peur, pour tout dire, des intellectuels français qui ont la réponse de tout sur tout et qui parce qu’ils sont allés dans un pays peuvent en parler. Moi, d’une part, cela fait déjà un moment que je ne suis pas allé en Tunisie; et d’autre part, je pense que c’est aux intellectuels tunisiens qui ont à donner leur sentiment sur ce qui se passe dans leur pays. Moi, je peux vous parler de ce qui se passe en France ou à d’autres endroits où je vais souvent. Je suis prudent.
Alors, ce que je peux dire, avec cette nuance que je viens de dire et sur laquelle j’insiste bien, c’est que, comme cela, vu d’un point de vue extérieur, et presque en tant que voyeur, pour nous, c’est intéressant de voir comment, en quelque sorte, il y a, en effet, dans le sens durkheimien du terme, cette effervescence en Tunisie; premièrement.
Deuxièmement, que cette effervescence qui est apparemment ambiguë, quand même, puisqu’on ne sait pas exactement où elle est en train de se diriger, mais ce qui est certain, c’est que cette effervescence n’a pas été programmée par des partis politiques, elle n’a pas été programmée à partir d’un programme extérieur, par des intellectuels, etc., mais qui, en quelque sorte, jaillirait du corps social lui-même. Alors là, de ce point de vue, moi je dois avouer que c’est une espèce d’illustration de mes équations à moi, c’est-à-dire le fait, ce que j’appelle toujours, et en tout cas dans mes premiers livres, la puissance sociétale.
Voilà d’une manière un peu vague et un peu générale ce que je peux dire, c’est-à-dire que — mais c’est à vous de corriger, de nuancer, de compléter — ce serait là une illustration du fait que très précisément, au-delà peut-être des grandes catégories qui ont marqué la Modernité, on a là une expression véritablement de ce qu’est la postmodernité dans ce qu’elle a, je dirais, de basique : une éruption, un choc de plaques tectoniques. Et de ce point de vue, c’est une bonne illustration de la postmodernité; avec les nuances que j’ai dites. J’y insiste beaucoup, car j’ai connu trop d’amis et de collègues qui, encore une fois, donnaient des leçons au monde entier après avoir été quinze jours à tel ou tel endroit.
«Il y a dans le monde un retour du phénomène religieux»
Je conseille d’abord de lire quelques pages de Science de l’homme et tradition de Gilbert Durand, et en particulier un chapitre que je suis en train de lire sur l’islam, sur ce qu’il appelle homo orientalis. Ce que je peux dire sur ce point, c’est que ce qui avait été une des caractéristiques de la Modernité, c’est qu’elle avait cru qu’il était possible, un peu dans une perspective très dialectique qui était la marque de cette tradition occidentale, de dépasser le fait religieux. On voit comment — et cela peut se dater d’une manière assez précise dès le 18e siècle, dans l’impulsion, on va dire voltairienne, en quelque sorte, et puis tout au long du 19e siècle, des grands systèmes sociaux, et en particulier bien sûr le marxisme, la religion étant l’opium du peuple…, on a des quantités de théorisations ou d’explicitations en ce sens.
Une des spécificités de ce 20e siècle, pour moi, encore une fois cette postmodernité naissante, c’est que le phénomène religieux, dans le sens fort du terme, pas le fanatisme bien sûr, est en train de retrouver une indéniable vigueur. Et cela d’ailleurs, soyons clairs, on va le retrouver aussi ailleurs, en Amérique latine, par exemple; moi je vais le voir aussi bien en extrême Orient, dans les pays où je vais, en Corée, au Japon, et bien sûr certainement aussi en Tunisie. Il y a retour du phénomène religieux — car moi je préfère dire cela, et c’est la même chose que de dire l’islam, que je ne connais pas assez pour pouvoir en parler. Il y a donc, d’une manière générale, ce retour du phénomène religieux.
Là encore, en référence à ce que je disais dans ma première remarque, c’est ambigu. Dès le moment où ça revient, qu’il y a — pourrait-on dire presque — ce retour du refoulé, cela peut prendre aussi la forme du fanatisme, et on voit bien comment c’est un des dangers possibles qui risquent d’arriver en Tunisie.
Mais moi, personnellement, je n’ai pas véritablement peur de ce fanatisme. Je ne sais pas ce que représente le parti au pouvoir actuellement. On entend, et d’après ce que la presse nous en rapporte, on voit qu’il y a bien en Tunisie des expressions de ce fanatisme ici ou là. Mais, d’une certaine manière, je crois que, comme il y a cette ouverture sur le monde, encore une fois par le biais du développement technologique, des moyens de communications interactives, Internet en la matière pour ne pas le nommer, tout ce que sont ces nouvelles technologies, cela fait que d’une certaine manière la crispation fanatique n’est pas forcément, en tout cas sur le moyen terme, quelque chose de dangereux. Voilà.
Donc, si je résume en deux mots : oui, on ne peut pas évacuer ce retour du sacré, ce que j’ai appelé le réenchantement du monde; ce n’est pas autre chose, le réenchantement du monde ! Et comme dans tous les autres pays, la Tunisie n’échappera pas à ce retour du sacré. Après, cela va être encore aux Tunisiens — et je reviens sur ce leitmotiv — à savoir gérer ça ! Il va falloir, encore une fois, aux intellectuels de savoir gérer cela. Et c’est votre travail à vous !
«D’un point de vue théorique, obligatoirement, les frontières vont s’ouvrir»
Je n’ai pas de compétence sur le visa. De toute façon, puisque j’avais écrit, en son temps, un livre qui s’appelait «Du nomadisme» où je montrais l’importance de la circulation qui existait avant les fermetures des frontières;et la Modernité, c’est la fermeture des frontières! Par la force des choses, là encore, je ne veux pas être idéaliste, mais, à mon avis, il y aura une nouvelle circulation.
Encore une fois, revenons à ce que je disais il y a un instant, parce que tout simplement internet est là, parce qu’il y a déjà circulation, ce que Stéphane Hugon appelle circumnavigation. Comme déjà on surfe sur internet, cela aura pour conséquence également cette ouverture des frontières.
Alors après, techniquement, moi je n’ai pas de compétences pour en parler. Si vous, puisque vous aviez eu une carrière diplomatique, vous proposez ce que vous venez de proposer, je suppose que c’est rationnel et que c’est sensé. Là dessus, je ne peux que vous dire moi un avis d’un point de vue théorique.
D’un point de vue théorique, obligatoirement, ces frontières vont s’ouvrir. Je ne veux pas jouer au prophète, mais, de fait, on ne peut pas résister à ce qu’est cette pression de circulation qui va se faire un peu partout de par le monde, et pas uniquement dans le Maghreb. Il suffit de voir le nombre de jeunes qui actuellement voyagent, changent de pays, et tout à l’avenant. Ce sont là des indices importants en faveur de cette circulation, le nouveau commerce.
En français, il y a de belles expressions qu’on a un peu oubliées en France, où le commerce a été réduit au commerce des biens; or, existe le commerce des idées, et même existe le commerce amoureux, c’est-à-dire la science des affects. Voilà, pour moi, ce qui me paraît être en jeu.
Pour l’immédiat, c’est en train de se développer en Europe; c’est-à-dire que, grâce à Erasmus, grâce à des mécanismes de cet ordre et par la force des choses, ça circule actuellement ! Et donc, on ne peut pas réduire ce commerce uniquement à sa dimension économique, il est bien plus culturel dans le sens large et fort du mot culture; et donc je le vois un peu partout.
Je suis frappé de voir comment, si je prends l’exemple que je connais, nombre de Français, d’ailleurs d’une manière qui est parfois très difficile, s’expatrient. Par exemple, je vois comment tel ou tel de jeunes que je connais qui vont s’expatrier en Corée par exemple ou partir, comme cet architecte avec qui je discutais hier, s’établir à Sao Paulo ; il y a un brassage actuellement. Et je donne ces petits exemples qui sont minuscules pour dire qu’on va les retrouver aux quatre coins du monde et qu’on ne peut pas réduire la circulation à la sphère économique.
«Le rapport au sacré va mettre l’accent sur une religiosité populaire qui n’est pas le fait d’élites surplombantes»
Comme je l’ai dit au début, je veux être prudent Je ne connais pas le mysticisme islamique. Il se trouve qu’il y a eu sous ma direction une thèse du Tunisien Imed Melliti sur les confréries soufies. Moi, j’ai lu cette thèse, mais je ne suis pas spécialiste du soufisme.
Ce que je peux dire et encore à ma manière, c’est-à-dire d’une manière assez générale, c’est que je vois bien comment ce que j’ai appelé le sacré, le rapport au sacré, va mettre l’accent sur, disons une religion, car je préfère dire une religiosité populaire, qui n’est pas simplement le fait d’élites religieuses surplombantes, mais qui va s’exprimer à partir de ce qu’est la vie de tous les jours, la vie quotidienne.
Ce que j’en sais et je l’avais vu en Tunisie avec la thèse de Melliti, et une de mes collègues marocaines m’en avait parlé aussi pour son pays (mais pour l’Algérie je n’en sais rien); ce que j’en sais donc, c’est qu’on voit bien la vivacité de ces confréries. Et encore une fois, par rapport à mes équations sur la postmodernité, cela ne m’étonne pas.
Au-delà de ce qui serait un islam rigidifié et peut-être un islam bureaucratisé, le retour ou le recours à ces formes de base populaires de la religiosité ne peut que se développer. Après, appliquez-le, si vous vous y connaissez davantage, à ce qu’est le soufisme. Mais, cela ne m’étonne; c’est manifestement quelque chose qui ne peut que se développer à mon avis.
«Avec la postmodernité, il y a revanche des valeurs du Sud»
C’est possible; c’est une de mes hypothèses, comme toujours, faite d’une manière un peu provocatrice. J’avais dit qu’on allait assister à la revanche des valeurs du Sud. C’est-à-dire qu’autant la Modernité s’était élaborée, dans le fond, sur le modèle anglo-saxon… c’est ce qui a eu lieu, soyons clairs ! Il suffit de voir un peu ce qu’est l’analyse de Max Weber dans l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme pour réaliser, en quelque sorte, que c’est à partir de là que cela va se faire…, autant, à mon avis, il y a retour vers le pourtour méditerranéen. Alors, cela va être le sud de l’Europe et le nord de l’Afrique.
Donc, de ce point de vue, ce mode de vie, ce quelque chose où la socialité de base — et qu’est-ce que la postmodernité, sinon cela ? —, soit le voisinage, la convivialité, le plaisir d’être ensemble, va retrouver également une force indéniable; le moment où toutes ces catégories qu’on avait laissées de côté dans le modèle anglo-saxon, c’est-à-dire la dimension onirique, la dimension imaginaire du monde, tout cela aussi va vivifier le corps social.
Voilà ce que je peux dire moi : il y a revanche des valeurs du Sud ! Dans le fond, autour du pourtour méditerranéen, il est possible que ce soit là le laboratoire de la postmodernité, comme on a pu le dire pour le Brésil où on trouve des valeurs qui sont semblables à celles qu’on doit trouver en Tunisie. Moi, je fais une équation générale; après, c’est aux intellectuels tunisiens à voir comment concrètement cela peut se jouer.
« Pour un intellectuel organique, étroitement lié à la culture de son milieu »
Je trouve nos intellectuels encore par trop européocentristes, ce qui ne fait qu’alimenter la dérive vers un obscurantisme qu’appelle le côté obscur de plus en plus évident avec le déclin de l’Occident. Je dis que nos intellectuels, aussi bien traditionalistes que dits modernistes, se doivent de réaliser leur propre révolution sur soi, une révolution mentale qu’impose la postmodernité. Et je crois que votre pensée ne peut qu’y aider avantageusement.
C’est ce que j’ai pu comprendre vaguement, parce qu’il y a longtemps que je ne suis pas allé en Tunisie. Pour bien en parler, il aurait fallu que j’y retourne plus souvent; il y a deux ans, je devais y aller et cela n’a pas pu se faire. Cela fait un trop long moment où j’ai été coupé de la discussion; il aurait fallu revenir en Tunisie pour que je puisse l’avoir concreto modo.
Vu un peu de l’extérieur, il y avait des intellectuels qui étaient trop eurocentrés, qui avaient, encore une fois, en tête le modèle européen; et en contrecoup, il y avait des intellectuels qui devenaient des islamistes. Voilà, c’est un peu, je dirais, deux figures qui se regardent en chiens de faïence.
Il faut revenir à une belle idée, dont je parle d’ailleurs dans un petit livre que je suis en train d’écrire sur le rôle de l’intelligentsia : l’idée de Gramsci de l’intellectuel organique. Cette idée de l’intellectuel organique, d’après Gramsci, c’est celle d’un intellectuel qui est étroitement lié à la culture d’un milieu. Il faut participer à cette élaboration de cet intellectuel organique. Mais je comprends la difficulté. Cela ne va pas être facile.
«On ne peut plus imposer aux peuples, d’une manière abstraite et verticale, une interprétation de la religion ou une interprétation politique»
Il est difficile de répondre. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il s’agit d’un processus inéluctable. Il y aura certainement des blocages encore, par exemple du fanatisme islamique, tout comme il peut y avoir, en Europe, des blocages, des fanatismes de gauche, marxistes ou partisans. Mais, je pense que la grande tendance va être, quand même, et surtout ce que j’appelle le triomphe de la socialité. Le propre de la socialité, c’est celle — je dirais presque —du bon sens populaire. Il me semble que ce bon sens populaire va triompher.
Mais, moi, je ne suis pas géopoliticien, je ne suis pas politicien, non plus; ma position est une position un peu et simplement théorique. Vu de l’extérieur, c’est quelque chose qui indique une grande tendance, d’ailleurs pas qu’une une tendance de la Tunisie.
Je ne m’intéresse pas aux pays, je m’intéresse à l’esprit du temps, le zeitgeist, c’est cela l’imaginaire. Dans cet esprit du temps, développement technologique aidant et donc épidémiologie se développant, on ne peut plus imposer aux peuples d’une manière abstraite et d’une manière verticale, une interprétation de la religion comme une interprétation politique. D’où les explosions. D’où le fait que de temps en temps, ça pète, pour le dire un peu vulgairement. Oui, il me semble que cela va contaminer; continuez à contaminer !
«Le rapport au sacré dans le pourtour méditerranéen redevient l’expression d’une religion populaire enracinée dans une culture quotidienne»
C’est ce que j’appelle la revanche des valeurs du Sud, par opposition — je dirais — à ce qu’était l’ascétisme anglo-saxon, pour rester dans une perspective wéberienne; une bonne partie de cela est cet hédonisme. Et pour moi, c’est ça aussi la postmodernité; je ne dirais pas la seule caractéristique; en tout cas, c’est une des caractéristiques des plaisirs de cette terre-ci; c’est cela la formule dionysiaque. Avec prudence, ce que j’ai cru voir du mode de vie tunisien, c’est qu’il y avait cet hédonisme, même si je préfère parler personnellement de cette culture du pourtour méditerranéen. Je n’ai pas envie de l’isoler, parler de la Tunisie, de l’Italie ou de l’Espagne.
Sur ce pourtour, il y a une culture, des éléments communs; et cette culture méditerranéenne a été brimée, a été bridée, a été dominée par le modèle anglo-saxon; et il est en train de prendre sa revanche. C’est dans cette perspective-là qu’il faut situer ce qu’est la place spécifique de la Tunisie.
Je ne connais pas assez le soufisme pour en parler, je le dis franchement, et ce ne serait pas honnête de ma part d’en parler ici. Ce que je peux dire c’est, si ce que vous appelez soufisme est une expression d’une religion populaire enracinée dans une culture quotidienne, ce que je peux dire c’est que c’est ce genre de religiosité — ou de rapport au sacré, car c’est la religiosité — qui me paraît être la tendance dominante de la postmodernité. Voilà, c’est ce que je peux dire. De fait, cela ne peut que se développer, si donc ce que vous appelez soufisme traduit, cristallise — si je le dis à la manière de Stendhal — les valeurs populaires.
Vous voyez, je ne peux que faire une équation; je suis un vieux savant; je ne suis pas spécialiste de l’islam ni de la Tunisie. Ce que je peux dire c’est que l’islam (ou la Tunisie) ne sera pas indemne de cette tendance où il y a retour à des valeurs populaires; et en particulier à une religion populaire.
Voyez, si je prends un exemple : ce que je vois en France, à titre d’illustration, il y a eu une espèce d’abstraction du catholicisme, du christianisme, dans des formes très intellectuelles, et qui ne marchent pas; ce qui fait que ça vide les églises. Par contre, vous voyez se développer les cultes populaires autour des saints, des pèlerinages, etc.; il y a, je dirais, une expression de l’émotivité populaire. Et donc, transposant l’image, je pense que quelque chose de cet ordre peut s’observer en Tunisie autour de ces cultes populaires. Mais cela, c’est plutôt à vous de me le dire plus qu’à moi !
Propos recueillis par Farhat OTHMAN
Publié le 2013-03-11
Par le site : http://www.leaders.com.tn/
Lien de l’article : http://www.leaders.com.tn/article/neuf-questions-au-pape-de-la-postmodernite-michel-maffesoli?id=10991
Maffesoli en Tunisie : dérives avec la pensée de Michel Maffesoli.
I - Socialité et tunisianité :
Une force vive agissant sur le terrain
I.1 On ne lit pas Michel Maffesoli, on le dévore; il y a comme de l’appétence tellement il rend attentif à tout ce qui fait l’essence des mots et des choses, comme à cet instant éternel fait du « bref » et de « l’instantané », autrement appelé une sagesse dionysiaque dont vous avez annoncé le retour il y a déjà bien des années. Or, ce qui caractérise aujourd’hui la société tunisienne, est bien pareil instant éternel ou dionysiaque.
Nous y voyons les forces individuelles et sociales se diffracter, se pluraliser et même s’ensauvager comme il l’a prévu pour nos sociétés en général. Et nous tombons dans le tragique, soit cet état où ce sont les événements qui nous maîtrisent bien moins qu’on ne les gouverne, nous imposant leur loi, nous commandant de « faire avec » eux, ce qui est au cœur de l’instant, cet éphémère durable. Soit tout ce que Maffesoli a théorisé.
Une manière originale d’être au monde
I.2 Sociologue de terrain sans être un sociologue quantitatif ou même de l’enquête, l’observation attentive et pertinente y palliant à merveille, MM (comme aime à l’appeler ses amis) arrive à voir, tout voir même — et qui est un ça-voir, pour user d’un des néologismes dont il raffole — ce que les enquêtes, chiffres et variables ne montrent pas, et surtout; il voit le réel, soit cette réalité et non ce qu’on voudrait voir, ce que la théorie a priori aurait décidé et décide qui doit être. Car ce qui l’intéresse c’est ce qui est, le « réal » échappant au fameux principe de réalité. Or, on observe ce réel tunisien (un véritable réal), comme une nouvelle manière d’être au monde, une quête jubilatoire d’un rythme original de la vie dont ne rend pas nécessairement compte un mysticisme apparent, revêtant une réalité beaucoup plus profane, une sorte de divin social comme il l’a si bien théorisé à la suite de Durkheim.
Une nouvelle Tunisie prometteuse
I. 3 Michel Maffesloi se définit comme étant le penseur de ce qui est, et non de ce qui pourrait être ou que l’on aimerait ainsi, disant volontiers être à l’écoute de l’herbe qui pousse et dont ne rend pas compte l’opinion publiée dont il pointe l’écart avec l’opinion publique.
Justement, pareil écart existe entre la réalité de la socialité nouvelle tunisienne et l’écume de la politique vue aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. Les multiples cris d’alarme dénonçant une Tunisie en péril ne font, pour qui connaît bien la pensée maffesolienne, qu’étouffer dans l’oeuf, consciemment ou inconsciemment, la Nouvelle Tunisie à naître, une Tunisie prometteuse.
Effervescence et affoulements tunisiens
I. 4 Sans nier les indéniables réussites de la civilisation de la Modernité, véritable apogée des acquis en termes de valeurs humaines d’égalité et de libération individuelle ni la nécessité de son corollaire que fut l’explication rationnelle du monde et du progrès scientifique, les travaux de Maffesoli ont montré de la plus magistrale façon qui soit comment l’idéal de l’homme voulu maître de son destin et de l’univers a irrémédiablement abouti à ce que Heidegger qualifiait de « dévastation du Monde ». Cela l’a amené à mettre l’accent sur la nécessité de la compréhension de l’imaginaire postmoderne : comment une société vit, s’écrit, se rêve et se dit? Il use aussi du terme d’ambiance d’une époque, insistant sur l’importance des rituels, des croyances collectives, des comportements quotidiens. Or nous retrouvons dans l’effervescence dans laquelle sont prises la société tunisienne tout entière et ses affoulements, pour employer un de ses néologismes, un écho fidèle à sa pensée.
La Tunisie, une société postmoderne
I. 5 La crise est dans nos têtes, dit Michel Maffesoli, et elle manifeste juste le passage trouble mais nécessaire d’une épistémè ou paradigme saturé, ayant épuisé ses effets, à un autre ordre des choses et de pensée. Reposant sans cesse sa fameuse question, « comment se fait-il que cela continue, qu’est-ce qui fait vie, comment cela tient-il ensemble, glutinum mundi », il célèbre le désordre comme une multiplicité d’ordres éclatés, l’anarchie comme un ordre sublimé, la confusion comme une fusion, une congruence avec ce qui fait l’essence du peuple et le déséquilibre comme une pluralité d’équilibres. Pour lui, la manière nouvelle d’être au monde est une quête jubilatoire d’un nouveau rythme de la vie qu’il s’agit d’explorer en se laissant aller sans se retenir à la dérive telle que théorisée par G. Debord et les situationnistes.
Or, le monde tunisien, ses lieux si attachants ainsi que ses femmes et hommes incarnent sa vision des choses au jour le jour. En Tunisie, le lieu fait bien lien, comme il aime à le répéter, et il existe une empathie populaire réelle avec autrui, l’altérité y étant identité, ou encore mieux, appartenance et apparentement dans un habitus propre fait de gestes assez dilettantes et une ouverture constante, tout ce qui relève d’une société postmoderne. Aussi, la Tunisie, pour peu qu’elle réussisse à user justement de pareil génie, a de quoi devenir le prototype d’une véritable société postmoderne.
L’instant magique en Tunisie
I. 6 On a parlé d’un caractère tunisien spécifique, une empreinte pour revenir à l’étymologie; et celle-ci semble chercher son équilibre pour une plus grande transparence de la personnalité qu’elle incarne en la quêtant dans la répétition et le retour d’un type préétabli, allant jusqu’à une conception fondamentaliste d’une religion faisant la chair et le sang du Tunisien. Cela génère une tension qui ne doit pas être vécue d’une manière irréductible afin d’être dépassée par un mécanisme dialectique permettant à l’individu de se réaliser dans un «plus être» le révélant à lui même. Il s’agirait alors d’une expérience du Soi ne détruisant pas l’individu empirique, le moi, mais l’exhaussant dans un ensemble plus vaste nourri à la veine spiritualiste. Or, ce plus être nécessite des circonstances ou des «circumambulations» pour se référer à une théorisation jungienne. Ce qui est le travail de toute une vie. Ce dernier ne relève, par moments, que d’un instant magique dont seule ont l’intuition les peuples qui ont du génie, de ces moments qui font le temps mythique, celui des contes et légendes, de l’illud tempus. C’est la conviction de MM et ainsi se vit aujourd’hui la Tunisie Nouvelle République.
II - Socialité et islamité :
Saturation des valeurs de la Modernité
II. 7 Comme Nietzsche signant l’acte de la mort de Dieu, Maffesoli signe celui de la Modernité en parlant de saturation des valeurs du progrès, du rationalisme, ainsi que d’une organisation sociale fondée sur l’assignation à identité individuelle, avec ce que cela implique de réduction du lien social et de la proxémie. Et il soutient que l’on doit désormais passer du contrat social et de l’idéal de la démocratie représentative au pacte de socialité, une nouvelle manière d’être au monde tenant compte de la quête jubilatoire d’un nouveau rythme de la vie.
C’est l’Écosophie, ce qu’on pourrait appeler volontiers le vrai Mektoub islamique, qui est une exploration au sens de la dérive situationniste, du monde, des lieux qui font forcément lien, des habits, renouant avec l’habitus de Saint Thomas d’Aquin (qui n’a pas peu été influencé par la philosophie islamique), des gestes, des rapprochements et des conflits, bref tout ce qui fait la vie, et que MM fait mieux comprendre avec la grille de lecture de la société postmoderne qu’il propose. C’est que nous distinguons, dans la tradition sémitique à laquelle se réfère souvent Maffesoli, cette marque islamique de nouveau célébrée en Tunisie.
Une palingénésie de l’islam en Tunisie
II. 8 Claude Lévi-Strauss ou encore Gilbert Durand, le maître de Michel Maffesoli, ont insisté avec force sur la répétition, le bricolage qui est corrélatif à une redondance fondamentale dans les grandes oeuvres spirituelles de l’humanité. Cet aspect répétitif, ce «retour du même » nietzschéen, cette présence de l’intemporel dans l’histoire, cette immobilité dans le mouvement, n’est-ce pas une sorte de retour du « récit-avènement » dans ce qu’il a de bref, de fragmenté, de toujours nouveau et à nouveau émergeant? Or, cela s’applique aussi à l’islam en Tunisie où il a bel et bien une chance non seulement d’une renaissance, mais d’une véritable palingénésie?
L’islam en Tunisie comme oeuvre d’art
II. 9 Goethe nous l’a rappelé : «Seul ce qui est fécond est vrai ». Aujourd’hui en Tunisie, si l’islam est bien vrai dans la société, il ne peut qu’être fécond politiquement, la révolution étant l’occasion de manifestation de sa fécondité et d’épiphanie de son génie. C’est que la Tunisie est connue depuis la nuit des temps pour être hédoniste. Aussi, la révolution, en lui redonnant sa liberté, sera en mesure d’en faire l’artisan du renouveau de sa croyance vécue davantage comme une foi et un trait d’authenticité. Et alors, la question qui se poserait aujourd’hui, parlant du Tunisien, ne serait-elle pas de savoir s’il est justifié de lui appliquer ce que disait Nietzsche dans la Naissance de la tragédie, à savoir qu’il « n’est plus artiste, il est devenu oeuvre d’art : ce qui se révèle ici dans le tressaillement de l’ivresse, c’est, en vue de la suprême volupté et de l’apaisement de l’Un originaire, la puissance artiste de la nature toute entière ».
Recentrement sur un divin social
II. 10 Les amis de la Tunisie, lors de la bascule en démocratie grâce aux premières élections véritablement libres dans un pays arabe, ont été surpris par le vote majoritaire du peuple en faveur d’un parti à coloration religieuse. En cela, ils oublient que ceux qui ont voté ne représentaient pas l’ensemble du corps électoral et que leur vote était pour l’essentiel bien plus un vote de défiance, contre la dictature déchue, et donc en faveur du parti qui a le plus lutté contre elle et souffert d’elle qu’une adhésion à ses vues. Or, certains dans le parti majoritaire aujourd’hui croient que leur majorité est durable et qu’elle a un socle durable.
Maffesoli, étant ce sociologue mystique décrit par Serge Moscovici, et qui est le visionnaire d’une société où c’est la Loi des frères et non du père qui est désormais prégnante en socialité — soit un ordre horizontal et non surplombant, fût-il divin —, a cette vision que, chez le peuple tunisien, un recentrement est en cours sur un divin social, une nouvelle compréhension de la vie dans une aspiration hédoniste à vivre ici et maintenant, une envie de jouir tout de suite des biens du monde sans renoncer à ceux de l’au-delà dans une conception particulière de la religion, populaire, presque jubilatoire, transformant les rites en quasi-fête comme avec le ramadan (pour me limiter à ce seul exemple éloquent), devenu à l’évidence mois de la bombance.
De l’enracinement dynamique
II. 11 Nietzsche, qui inspire beaucoup Maffesoli, parle de synchronicité entre les origines et l’avenir, et MM pense qu’elle est, à coup sûr, une des caractéristiques de la postmodernité usant de l’oxymore de l’enracinement dynamique. Et il n’est pas loin de penser que la révolution tunisienne, ce Coup du peuple, est une chance du renouveau de l’islam. Car ce qui se passe actuellement en Tunisie est moins une régression qu’une «ingression», pour reprendre un de ses néologismes savoureux, une entrée nouvelle en ce monde-ci, dans un mouvement social libéré du mythe du Progrès pour un rapport nouveau à la nature, bien plus conforme aux traditions populaires, qui est celui de la progressivité. Or, toute construction a besoin d’assise et le construit social actuellement en cours en Tunisie dispose d’un donné riche et haut en couleur, enraciné dans le peuple, qu’il suffit de féconder pour une épiphanie se faisant comme une refondation.
III - Socialité et Méditerranéité :
Une constante anthropologique du progrès
III. 12 Nous avons assisté en Occident à une clôture de la science sur elle-même depuis le temps de Descartes qui n’a fait que rappeler la fermeture dogmatique intervenue en terre d’islam où les sciences de la religion ont aussi été décrétées vérité absolue à un moment d’apogée culturel. Or, pareils enfermements de la pensée ont nécessairement besoin de sérieux troubles (sociaux entre autres) pour en faire voler les clôtures en éclats. En d’autres mots, la crise et les soubresauts actuels en Tunisie ne font que pas partie intégrante de la constante anthropologique du progrès de la pensée humaine se réalisant forcément dans la douleur comme toute naissance nouvelle. Et le retour à la religion, bien manifeste en Tunisie, y compris sous une forme extrême, n’est qu’un simple retour à une spiritualité un peu trop vite enterrée par l’esprit dit scientifique. Et cela ne saurait qu’être une chance non seulement pour la Tunisie, mais aussi en Méditerranée.
Décrire et non construire la réalité
III. 13 Ne se fait-on pas toujours une idée fausse de la science comme activité visant à mettre en évidence des vérités neutres et intemporelles sans réaliser assez que notre prétention scientifique ne se détache jamais des attentes, espoirs, émotions et modèles qui font ou produisent la subjectivité? La vérité qui n’échappe pas à une sorte d’opération consistant dans le même temps aussi bien à décrire qu’à construire une réalité liée à un habitus précis n’est-elle pas de l’ordre du dévoilement en ce sens qu’elle se doit de permettre aux phénomènes exclus par l’institution symbolique dominante de se révéler et de s’actualiser? Et le phénomène majeur exclu à notre époque, particulièrement en cet Occident méditerranéen, n’est-ce pas le fait religieux d’une façon particulière, et la spiritualité de façon plus générale? C’est pareilles questions que la pensée maffesolienne, observatrice perspicace de la socialité postmoderne, permet de poser en y apportant la plus originale des réponses tout en étant la plus pertinente.
Une subjectivité individuelle nourrie de spiritualité
III. 14 De Logique de la domination, La Violence totalitaire et la Conquête du présent, à Éloge de la raison sensible, Du nomadisme et Homo eroticus, en passant par L’Ombre de Dionysos, La Connaissance ordinaire, Le Temps des tribus, les livres pléthoriques de Maffesoli sont tous paradigmatiques. À leur lecture, on prend conscience, s’agissant de la Tunisie, qu’au-delà des apparences, il y a un creuset où l’on relève, comme il le soutient brillamment, un entrelacement de destinées et de caractères, une interaction entre la force vitale propre des individus formant société et des circonstances qui leur sont extérieures, mais qui ne déterminent pas moins leur destin, tout en le leur imposant, les amenant justement à changer ce destin. Or, c’est parce que cette subjectivité individuelle est assise sur un milieu communautaire nourri de spiritualité qu’il est ce qu’il est dans la brièveté constante des moments historiques comme celui que vit la Tunisie et dont les implications débordent ce petit pays pour impliquer tout le bassin méditerranéen.Un temps einsteinisé
III. 15 MM est certainement celui qui a le mieux mis à plat les grandes structures de la Modernité et compris cette épistémè des quatre siècles passés, ayant été à l’écoute attentive et sensible de l’émergence à bas bruits des valeurs postmodernes en un temps qu’il qualifie d’einsteinisé, reprenant le terme de son professeur Gilbert Durand, cet espace défini temporairement, de manière éphémère ou d’un temps qui compresse passé, présent et avenir dans un même instant et un même espace. Or, il pense forcément que pareil espace pertinent en Europe continentale doit s’étendre à tout le bassin méditerranéen et surtout inclure les démocraties émergentes comme la Tunisie. D’un point de vue sociologique, il est une même culture, une tradition populaire similaire dans tout le pourtour méditerranéen.
L’imaginaire du présent
III. 16 «L’habitus» tel que Thomas d’Aquin l’a analysé, insistant sur l’aspect structurant de la coutume établie ou la métaphore du « pli » proposée par Deleuze, n’est-ce pas une manière d’actualiser la prégnance de l’habitude et cette part d’intime émotion sécrétée par la familiarité des phénomènes, des situations et des idées revenant avec régularité ? Tout cela ne montre-t-il pas que le perfectionnement individuel ou collectif n’est pas forcément dans un progressisme final comme l’a postulé la pédagogie moderne, mais devant s’effectuer dans une adéquation à ce qui se présente d’une manière récurrente : les us et coutumes, les mythes et les rites, les habitudes d’une société donnée ? N’est-ce pas ainsi que la postmodernité redonne toute son efficacité au moment, le sens du monde connu se perdant dans l’instant, cet instant éternel de la vie quotidienne ? Maffesoli auprès de qui les leaders du monde économiques, investisseurs et chevaliers d’industrie européens viennent s’informer des stratégies porteuses en adéquation avec l’imaginaire d’un tel présent, pense qu’ils en sont désormais conscients. Aussi, il est inévitable qu’ils finissent par agir sur le monde politique pour le libérer du tabou des frontières, car l’essor de leurs affaires est tributaire de l’instauration d’une zone de libre circulation humaine en Méditerranée seule de nature à mettre fin à la dérive à l’extrémisme religieux au sud de la Méditerranée et d’assurer aux échanges économiques et commerciaux la paix dont dépend leur prospérité. Le sens de l’histoire va vers une véritable économie libérale, un commerce redevenu bien plus que ce qu’il est aujourd’hui, limité à tort aux marchandises.
Circumnavigation et circulation
III 17 Pour Michel Maffesoli, la grande évolution entre la société de la modernité des XIXe et XXe siècles et la société de la postmodernité, dont il est l’incontestable pape, son théoricien le plus novateur, peut se lire au travers de son rapport au temps et à l’espace. La société de la Modernité définissait un territoire d’intervention aux frontières bornées et chaque exécutif exerçait des compétences précises sur ses sujets. Tout le monde étant lié par le contrat social, l’action politique consistait à préparer l’avenir, à « investir » pour l’avenir, au détriment souvent de la jouissance présente. Or, la société postmoderne a un tout autre rapport au temps et à l’espace : l’espace est à la fois infini (le monde, voire l’univers) et bien évidemment circonscrit dans des frontières précises qui définissent un terroir, un « pays » (au sens affectif du terme), un site. La différence est que ces frontières ne sont pas immuables, même pas stables, fluctuant sans cesse au gré des situations. Et cela implique forcément de la part des politiques actuels dans les pays développés la nécessaire reconsidération des fondamentaux de leur politique migratoire qui est, à cet effet, une véritable aberration, créant la clandestinité au moment où elle prétend l’éradiquer, sans parler des drames qu’elle génère.
C’est que l’avenir, est à la circulation, déjà évidente avec la circumnavigation virtuelle.
IV - Florilège d’oeuvres de Michel Maffesoli :
La bibliographie de Michel Maffesoli est impressionnante. Nous n’en donnons ici qu’un court aperçu en référant au site internet de Maître pour de plus amples informations : http://www.michelmaffesoli.org/
Ouvrages traduits en arabe :
* Déjà publiés
— La Contemplation du monde. Figures du Style Communautaire, 1993, Le Livre de Poche, 1996.
— تأمل العالم. الصورة و السللوب في الياة الجتماعية - ترجمة فريد الزاهي - منشورات العهد
الامعي للبحث العلمي -الجللس العلى للثقافة - القاهرة 2005
— Du nomadisme. Vagabondages initiatiques, 1997, La table Ronde, Paris, 2006.
— في الل و الترحال. عن أشكال التيه العاصرة - ترجمة عبد الله زارو - إفريقيا الشرق - الغررب – 2010
**En cours de publication
— Eloge de la raison sensible, 1996, La Table Ronde, Paris, 2005.
— مزايا العقل السااس. دفاعا عن سلوسليولوجيا تفاعلية - ترجمة عبد الله زارو - إفريقيا الشرق - الغررب
Ouvrages en cours de traduction en arabe
— Le Temps revient. Formes élémentaires de la Postmodernité, Desclée de Brouwer, Paris, 2010— عود على بدء. الشكال السلاسلية لا بعد الداثة - ترجمة عبد الله زارو - إفريقيا الشرق – الغررب
— La Connaissance ordinaire. Précis de sociologie compréhensive, Méridiens Klincksieck, Paris 2007.
— العرفة العتدلة. مجلمل في علم الجتماع الفهيم - ترجمة فرحات عثمان - إفريقيا الشرق - الغررب
Ouvrages non traduits en arabe :
— La Conquête du présent. Sociologie de la vie quotidienne, 1979, Desclée de Brouwer, Paris, 1999
— L’Ombre de Dionysos. Contribution à une sociologie de l’orgie, 1982, rééd. CNRS 2010.
— Le Temps des tribus. Le déclin de l’individualisme dans les sociétés de masse, 1988, La Table Ronde, Paris, 2000.
— Au creux des apparences. Pour une éthique de l’esthétique, 1990, La Table Ronde,
Paris, 2007;
— La transfiguration du politique, 1992, La Table Ronde, Paris, 2002.
— L’Instant éternel, 2000, La Table Ronde, Paris, 2003.
— La part du diable, Flammarion, 2004.
— Le Réenchantement du monde, La Table Ronde, Paris, 2007.
— Matrimonium. Petit traité d’écosophie, CNRS éditions, 2010.
— Homo eroticus. Des communions émotionnelles, CNRS éditions, 2012.
Par Farhat Othman
Publié le 03-11-2013 sur le site : http://www.leaders.com.tn/
Lien de l’article : http://www.leaders.com.tn/article/maffesoli-en-tunisie-derives-avec-la-pensee-de-michel-maffesoli-a-l-occasion-de-l-interview-exclusive-donnee-a-leaders?id=10988