« …une pensée dangereuse est toujours en danger » Gottfried Benn
La confusion des mots finit, toujours, par entraîner celle des choses. La littérature, tout comme l’expérience courante, montrent en quoi tout cela aboutit, rapidement, à la confusion des sentiments, c’est-à-dire des modes de vie. Ainsi, dans les périodes de changement, est-il urgent de trouver les mots, sinon totalement justes, du moins les moins faux possible. Des mots, qui peu à peu, (re)deviennent des paroles fondatrices ; c’est-à-dire assurant les assises de l’être-ensemble en train d’émerger.
Comme toutes ces banalités qu’il est important de rappeler, on est au seuil d’une ère nouvelle. Et il est vain de vouloir rafistoler les idéologies élaborées aux XVIII° et XIX° siècles, et dont nous fûmes, dans tous les sens du terme, irradiés. Oui, il faut bousculer les idées rancies, rejeter les analyses apprêtées et quelque peu maussades. En bref, se dessiller les yeux.
Comment comprendre l’ambivalence de la violence, son aspect polyphonique, la fascination qu’elle ne manque pas d’exercer, sa constance aussi dans les histoires humaines ?
Sans donner une solution unique, Michel Maffesoli entend tout d’abord faire ressortir les aspects institutionnels de la violence. Ensuite, il insiste sur sa dimension fondatrice. Enfin, il montre qu’on peut la voir à l’oeuvre dans le débridement passionnel « orgiastique », ou dans la résistance banale de la vie de tous les jours.
Il est vrai que cette mystérieuse violence nous obnubile, occupe notre vie et nos débats, tarabuste nos passions et nos raisons. Mais peut-être est-elle préférable à l’ennui mortifère d’une vie aseptisée.
Quelles formes complexes peut revêtir le processus violent ? Quelles sont ses différentes modalités d’expression historique ? Le sociologue du sensible explore et décrypte, réfléchit sur les notions de force, de progrès, d’espérances révolutionnaires et de totalitarisme : qu’est-ce que gouverner, en effet, sinon appliquer un système de forces à un autre ?
Ce qui est ici en jeu, c’est la possibilité de réviser tout le vocabulaire de l’anthropologie politique, et en premier lieu la distinction classique mais désormais délaissée du pouvoir et de la puissance.
Quelle part la société moderne fait-elle à la bestialité ? Quelle était la fonction politique dissimulée jouée à son corps défendant par l’abbé Pierre ? A quoi tient la montée fulgurante dans les représentations (la mode) ou les médias (sitcom) de tout ce qui est androgyne ? Pourquoi faut-il être « cool » ? En quoi Houellebecq incarne-t-il l’incompréhension croissante entre hommes et femmes dans une société apparemment libérée ?
Reprenant le principe d’une sorte de dictionnaire mi-parodique, mi-savant, inventé en son temps par Roland Barthe (Mythologies, Seuil), mélangeant figures de l’actualité et concepts philosophique, Michel Maffesoli fait un portrait à contre-courant des sociétés modernes dominées par l’obsession de la communication, de la transparence et de l’égalité comme ultime finalité. Souvent provocateur, affichant un élitisme parfois teinté d’une certaine arrogance, effaré par le nivellement accéléré vers le bas produit par la démagogie ambiante, cet intellectuel original qui se soucie peu de plaire a réussi là un texte court, dense et bien écrit.
Comme le notait Chateaubriand, il est fréquent de prendre pour conspiration politique ce qui n'est que le " malaise de tous ou lutte de l'ancienne société avec la nouvelle, combat de la décrépitude des vielles institutions contre l'énergie des jeunes générations ". Nous sommes en un de ces moments où, journalistes, universitaires et politiques confondus, l'intelligentsia est en total déphasage avec la vitalité populaire. Aussi, afin de mieux apprécier cette dernière, n'est-il pas inutile de repérer la logique du conformisme intellectuel ambiant. C'est lorsqu'on cessera d'être obnubilé par le ronronnement du " moralement correct ", que l'on sera à même d'être attentif au véritable " bruit du monde ".
Quand on observe tous les phénomènes de violence dont l'actualité n'est pas avare, quand on voit les valeurs sociales traditionnelles perdre de leur force, ou les diverses autorités politiques, intellectuelles, journalistiques être tournées en dérision, on peut se poser la question : existe-t-il encore une morale universelle, applicable à tous ? C'est lorsque quelque chose n'a plus de réalité qu'on en parle beaucoup. Or, la Morale représente un monde qui n'est plus. Et c'est pour cela qu'on entonne, jusqu'à plus soif, des incantations en son nom. Mais comme il faut bien vivre ensemble, on voit se développer des éthiques particulières. Celles-ci traduisant ce " sentiment d'appartenance " propre aux tribus postmodernes. A partir d'exemples concrets, ce livre s'emploie à analyser le glissement d'une Morale sclérosée vers des éthiques en gestation. Celle d'un " réenchantement du monde " que l'auteur a été le premier à annoncer et qu'il systématise ici.
D'un côté, le reflux du politique, la disparition du peuple, la déroute des savoirs et des intellectuels. De l'autre, l'avènement de la Toile, le retour des tribus, le règne de la télé-réalité, des parades, des corps tatoués, percés. Une nouvelle barbarie ? Non, répond Michel Maffesoli. Au contraire. Par-delà ses excès, ce renversement nous invite à retrouver le rythme de la vie au plus profond de nos vies. Car l'effondrement des idolâtries de la Raison, de l'Histoire, du Progrès nous rouvre à l'altérité, au quotidien, à l'anomie. Car, en unissant l'archaïque à la technique, notre imaginaire renoue avec la sensibilité. Car notre Moi, rompant avec les illusions binaires du public et du privé, des racines et du nomadisme, de la nation et du cosmopolitisme, se redécouvre multiple. Comment penser, dans l'entre-deux, notre identité ? Décryptant les idéologies anciennes et les censures contemporaines comme les paradoxes postmodernes, convoquant Platon ou Nietzsche comme les sagesses d'hier et les mythes d'aujourd'hui ; c'est une leçon dionysiaque de gai savoir que donne ici Michel Maffesoli. A rebours du pessimisme ambiant, un maître livre pour enfin comprendre et vivre notre monde tel qu'il va.
Poursuivant depuis trente ans une analyse de la société contemporaine, en faisant attention au présent, à ses diverses tribus, au développement du nomadisme, à la crise du politique, Michel Maffesoli s'attaque, dans cet ouvrage, au délicat problème de la part d'ombre de notre monde la place du mal. Silencieuse ou bruyante, la révolte gronde. Passivité par rapport au travail, abstention politique, retrait de la vie sociale en général, ou encore rodéos automobiles, rassemblements festifs et musicaux et autres formes d'effervescence en sont autant de symptômes. Mais la part destructrice, celle de l'excès, n'est-ce pas ce qui précède une harmonie nouvelle ? Comme il ne manque pas d'avocats d'un Dieu bienfaisant aux noms variables - État, Contrat, Institutions, Individu - ni même de représentants des divers conformismes de pensée, n'est-il pas temps d'observer sereinement, et peut-être d'intégrer, cette étrange " part du diable " ?
Donc, d'où vient-on ? Quelles sont ces valeurs sociales qui se sont, progressivement, imposées pour constituer ce que l'on a appelé la modernité mais qui n'était, après tout, que la " post-médiévalité ". On le sait rien n'est éternel. Tout casse, tout passe, tout lasse. Et ce qui nous parmi de l'ordre de l'évidence s'est élaboré à partir de l'implosion du Moyen Age. Il est une expression de Auguste Comte pouvant bien résumer l'évidence moderne : " redudia ad unum ". Et il est vrai, que dans tous les domaines, l'unité du monde, et des représentations a, lentement, prévalu. Une telle unification peut s'observer dans tous les domaines. Mais d'une manière schématique, elle est particulièrement visible pour ce qui concerne le politique, le social et idéologie. […]. A l'image de ce que l'architecture nous dit sur le postmodernisme, la post-modernité naissante est une construction plurielle faite de " morceaux " différents. C'est une telle mosaïque que les textes de ce livre tentent d'éclairer : critique de la doxa individualiste, importance du ludique et de la fonction archétypale, nécessité, contre le rationalisme dominant, de mettre en place une " raison sensible " et, last but not least, l'aspect essentiel de l'espace, le lieu fait lien. Voilà ce qu'avec courage et lucidité il faut penser d'autant que, comme l'indiquait Victor Hugo, en une autre époque, " rien n'arrête une idée dont le temps est venu ".
Le voyage est depuis toujours au centre de tous les imaginaires humains.
S'appuyant sur les mythes, l'auteur montre en quoi le voyage est par nature " initiatique " et au cœur de la dialectique sédentaire et nomade.
Il explore les figures archétypales du voyageur, du chevalier errant, du savant cosmopolite.
Il montre en quoi le voyage est une tentative de reliante avec l'altérité, ce qui relie à la fois le ici et le là-bas, ce qui unit ces pôles contradictoires que sont le foyer et l'aventure.
Ainsi le contact avec l'étrange et l'étranger, l'ambiguïté que cela induit, le poly-culturisme que la reliante sociale qui y est inhérente, ouvre à des références diverses et permet d'accéder à une plénitude que le rationalisme et le positivisme ne lui accorde pas : le voyage est une ouverture constante à un ailleurs autrement où " une présence invisible " se fait sentir.