Une véritable mutation anthropologique est en cours. Le mépris de la Terre et la dévastation du monde : tel est le résultat de la modernité qui consista en une mobilisation de l’énergie, individuelle et collective, vers un paradis céleste ou un paradis terrestre. Prendre soin de la « Terre Mère », en faire le fondement même de tout être ensemble : telle est l’inversion de polarité dont témoigne aujourd’hui la sensibilité écologique. Contre le rationalisme classique, Michel Maffesoli en appelle ici à la raison sensible. Contre le contrat social, au pacte émotionnel. Contre le catastrophisme propre aux élites sociales, à l’hymne à la vie spécifique de la socialité postmoderne. A l’heure où, à la domination est en train de succéder l’ajustement, il est temps de réapprendre que la sagesse de la modération caractérise la profonde « nature des choses ». Autrement dit que l’Esprit du temps est bien à l’invagination du sens. Un nouveau « discours de la méthode » postmoderne.
La « nouvelle féminisation » du monde. Comprendre aujourd’hui, anticiper demain : un nouveau « discours de la méthode » par Michel Maffesoli.
Théoricien de la postmodernité, phénoménologue des tribus, décrypteur du présent, Michel Maffesoli est principalement affilié aux œuvres d’Émile Durkheim, de Georges Simmel, de Max Weber, de Gilbert Durand, d’Edgar Morin, des situationnistes et de Jean Baudrillard.
A l’inverse de tous ceux qui tentent de réhabiliter les grands récits idéologiques, il dépeint dans ses livres phares (La Logique de la domination, La Violence totalitaire, L’Ombre de Dionysos, Au Creux des apparences, ou Le Temps des tribus) un cosmos pluriel et mouvant, dans lequel tribus, groupuscules et réseaux se font, se défont continuellement.
Maffesoli braque le regard sur les multiples cultures, sous-cultures et contre-cultures qui constituent la matrice du grouillement postmoderne. Il délimite sans cesse des champs provisoires. On dirait qu’il écoute l’herbe qui pousse. Il pense l’époque présente. Une phrase résume au final sa pensée originale et paradoxale : “la société est plusieurs”.
Il y a un hédonisme du quotidien irrépressible et puissant, qui sous-tend et qui soutient toute vie en société. A certaines époques, cet hédonisme a été marginalisé et confiné dans un rôle subalterne. A d’autres, au contraire, il est devenu le pivot à partir duquel s’organisait toute la vie sociale : ce qui, très précisément, est en train de se produire dans les sociétés de la postmodernité. D’où ce livre. Pour comprendre le présent et apprendre à déchiffrer ses manifestations les plus insaisissables, pour approcher des phénomènes jugés, trop souvent, secondaires ou négligeables: le frivole, l’émotion, l’apparence… toutes choses qui ont profondément modifié la politique, la vie de l’entreprise, la communication, la publicité, la consommation, et qui, finalement, pourraient se résumer dans le mot d’” esthétique “. Au creux des apparences: parce que le lien social est désormais tissé dans les fibres de l’émotionnel et que, sous nos yeux, s’ébauche le modèle d’une nouvelle manière d’être.
Les sociétés se transforment : émiettement du corps social, épuisement des institutions, effondrement des idéologies, transmutation des valeurs. Derrière la société de masse, se profilent désormais les nouvelles figures d’une société exubérante et polymorphe : nous sommes entrés dans l’ère des tribus.
La connaissance ne saurait se réduire à une conception de la science héritée du XIXe siècle. En un moment où s’esquisse une mutation sociale, il faut en appeler à une audace de la pensée qui sache en particulier rendre compte de la prévalence de la communication, de l’information sur l’action ou la production. La réflexion de Michel Maffesoli sur les modalités de la connaissance est centrée sur la supposition que le sens commun, la connaissance ordinaire, est au fondement de tous les phénomènes sociaux : la recherche sociologique doit donc partir de ce sens commun pour pouvoir appréhender la dynamique de la vie collective. Cette sociologie qui a pour but d’étudier et de comprendre la vie quotidienne adopte une attitude compréhensive, tournée vers la pluralité des faits sociaux, abordant leurs multiples contradictions comme telles. Il s’agit, ainsi, de dégager les formes sociales de la postmodernité naissante.
Comment comprendre l’ambivalence de la violence, son aspect polyphonique, la fascination qu’elle ne manque pas d’exercer, sa constance aussi dans les histoires humaines ?
Sans donner une solution unique, Michel Maffesoli entend tout d’abord faire ressortir les aspects institutionnels de la violence. Ensuite, il insiste sur sa dimension fondatrice. Enfin, il montre qu’on peut la voir à l’oeuvre dans le débridement passionnel « orgiastique », ou dans la résistance banale de la vie de tous les jours.
Il est vrai que cette mystérieuse violence nous obnubile, occupe notre vie et nos débats, tarabuste nos passions et nos raisons. Mais peut-être est-elle préférable à l’ennui mortifère d’une vie aseptisée.
” Il peut paraître paradoxal de voir dans l’orgiasme une des structures essentielles de toute socialité. Pour certains il s’agit là d’une aberration barbare qui dans les pays civilisés a été progressivement gommée par la domestication des moeurs. Pour d’autres il peut s’agir d’une petite rèverie fantasmatique tolérable dans la fiction romanesque ou poétique. il est de toutes façons impensable de lui accorder quelque efficace sociale que ce soit, en particulier dans nos sociétés à haut développement technologique. Et pourtant c’est sur cette efficace que ce livre entend insister. Il a pour ambition de montrer qu’il y a une logique passionnelle qui anime toujours et à nouveau le corps social. Celle-ci, à la manière d’une centralité souterraine, se diffracte en une multiplicité d’effets qui informent la vie quotidienne. “
Ce livre,dont une premiere édition est parue en 1979,est encore plus actuel aujourd’hui. Les ouvrages sur les révolutions ou les mutations ne cessent de s’accumuler. Or cet essai sur la violence totalitaire propose une réflexion qui sort des exégèses d’une évolution progressiste attribuée aux révolutions génératrices de mutations techniques, scientifiques et sociales. Il s’agit plutôt d’une dimension cyclique inaugurée par une violence destructrice, fondatrice d’une nécessaire circulation sociale, d’une nouvelle organisation de la Cité. La violence, la révolte, qui vont de pair avec l’effervescence joyeuse des fêtes, restaurent la communion sociale, puis celle-ci, par l’instauration d’une nouvelle organisation ordonnancée extérieurement, devient autoritaire, Et c’est l’éternel recommencement de la violence totalitaire. L’auteur explique par ailleurs comment les fondements de la société contemporaine technocratique, liés à l’idée de progrès et d’utilité, ont privilégié l’économique et le contrôlé rationalisé, jetant aux oubliettes les autres dimensions sociales. Autant de réflexions qui donnent à cet essai un éclairage des plus contemporains.
Ce livre est l’ouvrage inaugural des recherches de Michel Maffesoli sur cet espace du quotidien échappant aux pouvoirs et aux idéologies lourdes. Il s’agissait de comprendre, à travers l’observation des petits faits de la vie quotidienne, la complexité d’une socialité concrète et les limites des concepts d’exploitation, d’aliénation et de domination. En bref, c’est le banal qui permet en fait la perdurance de la cohésion sociale. La conquête du présent, dont la première édition date de 1979, reste aujourd’hui un livre de référence et l’auteur, dans une importante préface, fait le point de ses recherches sur cette sociologie du quotidien, avec ses aspects tactiles, émotionnels, collectifs, conjonctifs, signes prémonitoires d’une postmodernité naissante.
« …une pensée dangereuse est toujours en danger » Gottfried Benn
La confusion des mots finit, toujours, par entraîner celle des choses. La littérature, tout comme l’expérience courante, montrent en quoi tout cela aboutit, rapidement, à la confusion des sentiments, c’est-à-dire des modes de vie. Ainsi, dans les périodes de changement, est-il urgent de trouver les mots, sinon totalement justes, du moins les moins faux possible. Des mots, qui peu à peu, (re)deviennent des paroles fondatrices ; c’est-à-dire assurant les assises de l’être-ensemble en train d’émerger.
Comme toutes ces banalités qu’il est important de rappeler, on est au seuil d’une ère nouvelle. Et il est vain de vouloir rafistoler les idéologies élaborées aux XVIII° et XIX° siècles, et dont nous fûmes, dans tous les sens du terme, irradiés. Oui, il faut bousculer les idées rancies, rejeter les analyses apprêtées et quelque peu maussades. En bref, se dessiller les yeux.
Quelles formes complexes peut revêtir le processus violent ? Quelles sont ses différentes modalités d’expression historique ? Le sociologue du sensible explore et décrypte, réfléchit sur les notions de force, de progrès, d’espérances révolutionnaires et de totalitarisme : qu’est-ce que gouverner, en effet, sinon appliquer un système de forces à un autre ?
Ce qui est ici en jeu, c’est la possibilité de réviser tout le vocabulaire de l’anthropologie politique, et en premier lieu la distinction classique mais désormais délaissée du pouvoir et de la puissance.
Comme le notait Chateaubriand, il est fréquent de prendre pour conspiration politique ce qui n’est que le ” malaise de tous ou lutte de l’ancienne société avec la nouvelle, combat de la décrépitude des vielles institutions contre l’énergie des jeunes générations “. Nous sommes en un de ces moments où, journalistes, universitaires et politiques confondus, l’intelligentsia est en total déphasage avec la vitalité populaire. Aussi, afin de mieux apprécier cette dernière, n’est-il pas inutile de repérer la logique du conformisme intellectuel ambiant. C’est lorsqu’on cessera d’être obnubilé par le ronronnement du ” moralement correct “, que l’on sera à même d’être attentif au véritable ” bruit du monde “.
Nous vivons désormais au coeur d’un enchevêtrement toujours plus complexe d’objets, de signes et d’images, entre rêve et réalité, prisonniers sans chaînes d’un univers symbolique et cathodique à l’opacité croissante et aux significations mystérieuses.
Avec La Contemplation du monde, Michel Maffesoli poursuit et prolonge son travail de déchiffrement des sociétés contemporaines, interrogeant de nouveau le quotidien, cherchant à cerner au plus près ses formes, son style, ses règles et ses principes.
Au centre de l’analyse : l’esthétique, les liens discrets qui régulent et organisent l’ensemble de nos représentations, la matière remodelée de notre imaginaire et de nos fantasmes. C’est-à-dire encore, « le vaste domaine de l’imaginaire collectif » qui, redistribué, recomposé, réinventé, exprime au grand jour les enjeux et les normes de la socialité nouvelle. Et dont la lecture permet de mieux comprendre ce qu’il en est de la culture aujourd’hui.
La Contemplation du monde : pour s’initier au « style » et à l’« alphabet » de la postmodernité.
Quelle part la société moderne fait-elle à la bestialité ? Quelle était la fonction politique dissimulée jouée à son corps défendant par l’abbé Pierre ? A quoi tient la montée fulgurante dans les représentations (la mode) ou les médias (sitcom) de tout ce qui est androgyne ? Pourquoi faut-il être « cool » ? En quoi Houellebecq incarne-t-il l’incompréhension croissante entre hommes et femmes dans une société apparemment libérée ?
Reprenant le principe d’une sorte de dictionnaire mi-parodique, mi-savant, inventé en son temps par Roland Barthe (Mythologies, Seuil), mélangeant figures de l’actualité et concepts philosophique, Michel Maffesoli fait un portrait à contre-courant des sociétés modernes dominées par l’obsession de la communication, de la transparence et de l’égalité comme ultime finalité. Souvent provocateur, affichant un élitisme parfois teinté d’une certaine arrogance, effaré par le nivellement accéléré vers le bas produit par la démagogie ambiante, cet intellectuel original qui se soucie peu de plaire a réussi là un texte court, dense et bien écrit.
D’un côté, le reflux du politique, la disparition du peuple, la déroute des savoirs et des intellectuels. De l’autre, l’avènement de la Toile, le retour des tribus, le règne de la télé-réalité, des parades, des corps tatoués, percés. Une nouvelle barbarie ? Non, répond Michel Maffesoli. Au contraire. Par-delà ses excès, ce renversement nous invite à retrouver le rythme de la vie au plus profond de nos vies. Car l’effondrement des idolâtries de la Raison, de l’Histoire, du Progrès nous rouvre à l’altérité, au quotidien, à l’anomie. Car, en unissant l’archaïque à la technique, notre imaginaire renoue avec la sensibilité. Car notre Moi, rompant avec les illusions binaires du public et du privé, des racines et du nomadisme, de la nation et du cosmopolitisme, se redécouvre multiple. Comment penser, dans l’entre-deux, notre identité ? Décryptant les idéologies anciennes et les censures contemporaines comme les paradoxes postmodernes, convoquant Platon ou Nietzsche comme les sagesses d’hier et les mythes d’aujourd’hui ; c’est une leçon dionysiaque de gai savoir que donne ici Michel Maffesoli. A rebours du pessimisme ambiant, un maître livre pour enfin comprendre et vivre notre monde tel qu’il va.
Quand on observe tous les phénomènes de violence dont l’actualité n’est pas avare, quand on voit les valeurs sociales traditionnelles perdre de leur force, ou les diverses autorités politiques, intellectuelles, journalistiques être tournées en dérision, on peut se poser la question : existe-t-il encore une morale universelle, applicable à tous ? C’est lorsque quelque chose n’a plus de réalité qu’on en parle beaucoup. Or, la Morale représente un monde qui n’est plus. Et c’est pour cela qu’on entonne, jusqu’à plus soif, des incantations en son nom. Mais comme il faut bien vivre ensemble, on voit se développer des éthiques particulières. Celles-ci traduisant ce ” sentiment d’appartenance ” propre aux tribus postmodernes. A partir d’exemples concrets, ce livre s’emploie à analyser le glissement d’une Morale sclérosée vers des éthiques en gestation. Celle d’un ” réenchantement du monde ” que l’auteur a été le premier à annoncer et qu’il systématise ici.
Comment penser l’irrationnel, comment penser la violence des banlieues, l’ignorance des lois sociales ? L’actualité récente montre bien quel fossé il y a entre une partie de la jeunesse et ceux qui en appellent à l’Etat de droit. Michel Maffesoli propose dans cet essai de penser le non-rationnel, ou du moins d’équilibrer l’intellect et l’affect. D’abord en élaborant un savoir dionysien, au sens où Dionysos était le dieu des fêtes et du chaos. Ensuite, rompant avec l’idéal de raison abstraite héritée du siècle des Lumières, par la proximité que devrait avoir l’observateur avec les événements décrits : c’est justement la Raison sensible.
L’Eloge de la Raison sensible est un véritable traité de déchiffrement du monde contemporain qui, aux raisons de la Raison raisonnante, oppose les intuitions et les fulgurances de la Raison sensible. Une manière d’approcher le réel dans sa complexité fluide, de dresser une topographie de l’aléa et de l’incertain, de suivre les lignes de fusion et d’effervescence du social, et de percevoir la rumeur assourdie des redistributions de la vie collective.
Livre de méthode, l’Eloge de la Raison sensible pourra aussi se lire comme le nouveau bréviaire de l‘“esprit du temps “.
Aujourd’hui, l’un des grands lieux communs du discours savant tient dans l’annonce réitérée que le monde change. Une quasi-obsession, un leitmotiv entêtant qui proclame que les sociétés développées répudient leurs idéologies et liquident leurs valeurs ancestrales. Le diagnostic n’est pas sans fondements : il faut approcher au plus près les phénomènes qui induisent la logique d’une pulvérisation du corps social. Interpréter au plus juste les mouvements de revendications ethniques, la résurgence des fanatismes religieux, la proclamation des spécificités culturelles, comme le regroupement des individus dans le cadre de microsociétés où domine le rapport affectif. {La Transfiguration du politique} amorce un tel travail et entreprend l’analyse de ce qu’il convient d’appeler {“la culture du sentiment”}, dont la vivacité des émotions et le désir de l’inutile sont les deux composantes essentielles. Inaugurant ainsi une lecture stimulante de l’espace de vie et de pensée nouvelles qui structurent désormais la socialité post-moderne.
Cet ouvrage s’attache d’une part à décrire la généalogie de cette domination, et d’autre part il s’efforce de saisir l’attitude d’écart, de décalage, qui essaie de briser la formalisation contraignante et une organisation aseptisée de l’existence.
Comment rendre compte d’une époque où règne le flou, où fluctuent les valeurs, où s’effacent les repères, et où l’esprit du temps échappe aux meilleurs observateurs ? Comment comprendre et décrire des sociétés en perpétuel mouvement ? Comment aborder l’insaisissable et volatil présent ? Investigateur de notre monde immédiat, archéologue de l’inconscient collectif contemporain, Michel Maffesoli propose ici une vision rénovée du continent humain. Sur fond de morcellement, l’individu toujours plus autonome se libère des rôles prédéfinis. Imaginaire, plaisir, désir, fête, rêve deviennent les mots d’une révolte silencieuse. Littéralement, l’errance au hasard des pulsions, des goûts et de ses fantaisies devient une culture. La nôtre. Un traité classique et passionné.
Six essais de sociologie “dionysiaque” : L’éthique et l’esthétique, La prostitution comme forme de socialité, Ludisme et socialité, Tuer le temps, Marginalité tribale et coutumière, La table comme lieu de communication.
Poursuivant depuis trente ans une analyse de la société contemporaine, en faisant attention au présent, à ses diverses tribus, au développement du nomadisme, à la crise du politique, Michel Maffesoli s’attaque, dans cet ouvrage, au délicat problème de la part d’ombre de notre monde la place du mal. Silencieuse ou bruyante, la révolte gronde. Passivité par rapport au travail, abstention politique, retrait de la vie sociale en général, ou encore rodéos automobiles, rassemblements festifs et musicaux et autres formes d’effervescence en sont autant de symptômes. Mais la part destructrice, celle de l’excès, n’est-ce pas ce qui précède une harmonie nouvelle ? Comme il ne manque pas d’avocats d’un Dieu bienfaisant aux noms variables - État, Contrat, Institutions, Individu - ni même de représentants des divers conformismes de pensée, n’est-il pas temps d’observer sereinement, et peut-être d’intégrer, cette étrange ” part du diable ” ?
Le voyage est depuis toujours au centre de tous les imaginaires humains.
S’appuyant sur les mythes, l’auteur montre en quoi le voyage est par nature ” initiatique ” et au cœur de la dialectique sédentaire et nomade.
Il explore les figures archétypales du voyageur, du chevalier errant, du savant cosmopolite.
Il montre en quoi le voyage est une tentative de reliante avec l’altérité, ce qui relie à la fois le ici et le là-bas, ce qui unit ces pôles contradictoires que sont le foyer et l’aventure.
Ainsi le contact avec l’étrange et l’étranger, l’ambiguïté que cela induit, le poly-culturisme que la reliante sociale qui y est inhérente, ouvre à des références diverses et permet d’accéder à une plénitude que le rationalisme et le positivisme ne lui accorde pas : le voyage est une ouverture constante à un ailleurs autrement où ” une présence invisible ” se fait sentir.
Donc, d’où vient-on ? Quelles sont ces valeurs sociales qui se sont, progressivement, imposées pour constituer ce que l’on a appelé la modernité mais qui n’était, après tout, que la ” post-médiévalité “. On le sait rien n’est éternel. Tout casse, tout passe, tout lasse. Et ce qui nous parmi de l’ordre de l’évidence s’est élaboré à partir de l’implosion du Moyen Age. Il est une expression de Auguste Comte pouvant bien résumer l’évidence moderne : ” redudia ad unum “. Et il est vrai, que dans tous les domaines, l’unité du monde, et des représentations a, lentement, prévalu. Une telle unification peut s’observer dans tous les domaines. Mais d’une manière schématique, elle est particulièrement visible pour ce qui concerne le politique, le social et idéologie. […]. A l’image de ce que l’architecture nous dit sur le postmodernisme, la post-modernité naissante est une construction plurielle faite de ” morceaux ” différents. C’est une telle mosaïque que les textes de ce livre tentent d’éclairer : critique de la doxa individualiste, importance du ludique et de la fonction archétypale, nécessité, contre le rationalisme dominant, de mettre en place une ” raison sensible ” et, last but not least, l’aspect essentiel de l’espace, le lieu fait lien. Voilà ce qu’avec courage et lucidité il faut penser d’autant que, comme l’indiquait Victor Hugo, en une autre époque, ” rien n’arrête une idée dont le temps est venu “.
Une longue période semble s’achever, celle où les interrogations du présent devaient trouver leur réponse dans le futur. Celle où il était d’abord question de préparer l’avenir, de programmer sur le long terme l’économie et la société. Or, on assiste aujourd’hui à ce que l’on peut appeler le retour du destin, lequel s’exprime sous la forme de l’imprévisible et du pur présent. Cette nouvelle intensité de l’instant explose dans toutes les directions : des vidéo-clips aux jeux informatiques, des manifestations sportives aux fêtes techno, en passant par l’écologie, voire l’astrologie. A l’idéologie du progrès centrée sur l’individu atomisé se substitue un univers de rituels, de plaisirs et d’imaginaires partagés : un véritable réenchantement du monde passant par la fête et par une autre relation à l’environnement. L’éthique qui naît de cette société nouvelle ne peut être que celle du tragique. Celle d’un acquiescement à la plénitude de l’instant doublé de l’acceptation lucide de l’éphémère.